Fuir la pensée

Ne te repose pas sur celui qui te regarde. Ne lui délègue aucun pouvoir de direction dans le sens: "Il va me dire ce qu'il faudra que je fasse".
Il ne s'agira pas de faire mais d'être. Et sur ce sujet, toi seul sais de quoi il en retourne !

Je ne suis pas là pour te diriger, mais pour t'accompagner.

Mais la "mise en scène", me diras-tu ? A la limite, le comédien n'a pas besoin de metteur en scène. Si tu acceptes de ne rien décider à l'avance et de vivre tout simplement l'endroit où  tu te tiens et si tu as suffisamment bien travaillé avant (situation, concrétude du texte, enjeux), le plateau sera alors le meilleur lieu pour voir et sentir ce qu'il convient de "faire". Ou plutôt: ça se fera tout seul (les mouvements, gestes etc.)

Ton rôle est de dire le texte le plus concrètement possible. Que chaque mot te parle - totalement. Et de l'adresser - vraiment. Point barre.
A partir de là, confiance: quelque chose va advenir (le sentiment, la mise en scène) et cette chose sera juste. Ce que tu cherches parfois laborieusement, à savoir le "personnage" (lequel n'existe d'ailleurs que pour le public), se révèlera tout à coup avec une facilité déconcertante.
Et ce que tu as cherché à ressentir, en te mettant dans un état, adviendra tout aussi miraculeusement.

Ne te pose pas de questions en jouant. Ne réfléchis pas. Réfléchis avant et après, mais pas pendant.
Ce qui t'est demandé, en tant que comédien, c'est de vivre pleinement.
C'est au public de réfléchir et de penser.

Ne pas oublier que la réalité est infiniment plus riche que n'importe quelle pensée qu'on peut avoir sur elle.

Fuyez toute pensée. Vivez.