Le collier de perles

Cette année, je mesure le chemin parcouru et les années derrière moi me paraissent lointaines et fumeuses. Je découvre, à présent, la saveur du travail accompli dans la précision. 
Cette précision amarre le comédien décidément plus solidement qu'aucune autre démarche au jeu. Bonheur de découvrir combien celle-ci nous entraine dans une joie sûre et décontractée, un calme intérieur, le "labeur" disparaissant: nous avançons ! 
Tout prend forme plus facilement et l'horizon noir du plateau s'éclaircit plus rapidement qu'autrefois. Oui, la précision amène clarté et lente vitesse. Confiance et sérénité. 

Préciser: fragmenter autant de fois qu'il est nécessaire le texte et le geste (action) qui le fonde. Repérer les multiples articulations, travailler à la seconde près.


N'est-ce pas la vie qu'on essaie de trouver sur le plateau ? Le vivant ?
Décomposer pour mettre ses pas dans sa pulsation. Trouver le juste rythme, le rythme du jeu. 

Traquer l'anticipation, le flou des sentiments, fuir les "états", les flottements qu'on camoufle avec plus ou moins de talent ou de panache. Flottements: moments où le comédien n'est amarré à rien de tangible, de palpable, de concret, et surtout pas au rythme du temps, de chaque seconde qui s'écoule.

La précision, le détail, voilà le secret.

Tel un horloger, tout dé-faire pour construire chaque rouage.
Fragmenter chaque scène, chaque phrase.

Passer par chaque perle. La goûter, "en profiter", la visiter le plus loin possible, en faire le tour.  Arrêt entre les perles. Mini-séquences.

A la fin, nous aurons le collier.

--------- Faire tout cela, à partir de l'ensemble de ses sens, ce que j'appellerai: le Grand Corps L'esprit ou l'âme, les organes, les émotions, l'imagination et la chair.