NOTES SUR HAMLET - 2010/11 (retranscription en cours)

NOTES SUR HAMLET - 2010/11
(retranscription en cours)

« Qui va là ?": tout est dans ces mots

Qui suis-je ?  Ai-je un nom ? Qui va là ? Y a-t-il  quelqu'un ? Poser le pied sur un plateau, c’est à chaque fois passer l’épreuve de la question de l’être. 
Et y répondre.
Personne n’y échappe. Jouer sous peine de mort.

Qui va là ? : le Vengeur. Claudius pourrait le dire à l'issue de la souricière

Le fantôme, point de départ de toutes nos histoires de vie, d'être - à soi-même

Qui va là ? le théâtre.

SPECTRE/HAMLET
- Le Spectre parle de l'horreur de ce qu'il vit: bloqué dans son mouvement naturel (retour à la terre). Il ne peut que passer et repasser indéfiniment
- "Sors moi de là" = enterre-moi une bonne fois pour toutes = ne m'oublie pas = ne me laisse pas seul = boucle la boucle sinon... je te poursuivrai éternellement
(il faut qu'Hamlet meurt pour qu'il puisse enfin arriver à tuer Claudius) 
- Emprise du père. Ses révélations sont énormes mais ce qui écrase plus Hamlet, c'est cette injonction, exigence de "réparer le monde". Héritage trop lourd pour un fils.
- « Sois un homme" "sois comme moi, Hamlet" Hamlet se bouche les oreilles, ne veut pas entendre
- Hamlet: ni tout à fait vivant/ni tout à fait mort (comme le Spectre, qu'il va toucher), comme contaminé. To be or not to be
- Interdiction du suicide par le Père 
- Hamlet en Danois veut dire: cyclone
- Comme si le compte à rebours avait commencé

HAMLET
- pas triste ! comme un papillon se cognant contre la vitre: terriblement vivant, rapide, lucide. Insolence, rage, aimant passionnément, haine, humour, etc...
- Surveillé des deux côtés: par le pouvoir (Claudius) et par son père. 
Il est dans cet espace là, à devenir fou.
La folie est la seule solution pour rester vivant dans un monde devenu fou

 L’INVESTITURE DE CLAUDIUS
- Une scène politique, publique donc mais aussi intime: totalement obscène. Le couple ne se cache plus. Grand appétit sexuel des deux côtés.  La main au cul. 
- Bling bling. Le pouvoir pour Claudius: il a la Rolleix et la Reine 
- Gertrude vient de découvrir la jouissance et Hamlet vomit
- De la musique italienne: cigares, rires, champagne. Jets de billets de banque ou on les brûle. Cocaïne ou extasy.
- Presque une boîte: Hamlet refuse d'entrer dans la danse
- Faut que ça avance, gai, vivant, tempo rapide. La victoire de Claudius = VICTOIRE DE LA VIE SUR LA MORT (le discours ne parle que de cela)
- Hamlet le silence dans la tête et le bruit au dehors.
- Tout va trop vite: indécence. Hamlet a les pieds dans la terre encore - ou un bocal de cendres ?
- Gertrud: « Viens Hamlet avec moi, avec nous, être vivant, cette nouvelle chose est si agréable !" Evidemment, elle souffre pour lui et le comprend mais elle choisit Claudius et la force qu'il incarne à ce moment là: on s'éclate, on jouit, on consomme, on brûle la vie par les deux bouts: c'est le NOUVEAU RÉGIME - société de consommation: on vit au PRÉSENT.
- Claudius: la couronne, ne doit pas coller au personnage (Hamlet le dit) 
- Gertrud: elle trouve en lui une nouvelle jeunesse, pour la première fois, regardée comme jamais un homme l'a regardée. 
Elle se sent comme une déesse. 
L'amour de Claudius est affiché sans pudeur, autorisé.
Celui d'Hamlet a toujours été caché. Ils ont toujours été proches, très proches. Je pense que le père était souvent absent. Ils se retrouvaient seuls, souvent le petit grimpait dans le lit de la mère.
- Claudius rêve depuis toujours de tuer son frère. Il trouve le courage car il plaît à Gertrud. Sa façon d'être a séduit Gertrud. il se sent vaillant et passe à l'acte, sans rien lui dire. Il peut enfin vivre son rêve
*******

Hamlet: trop de choses à taire ou à dire - à devenir fou

Je pense qu'une des raisons de son inaction (pourquoi ne tue-t-il pas Claudius ?) c'est qu'il n'arrive pas à faire le deuil de tout ça: il les aime encore éperdument, sa mère et Ophélie.
Il pense plus à elles qu'à Claudius. A la limite, il zigouillerait plus volontiers que Claudius.
D’ailleurs le Spectre revient dans la chambre pour lui dire qu’il oublie de se concentrer sur le roi.

Hamlet, mélange de prince (subtilité de l'esprit) et de voyou (postures de racaille)

Bouffon: l'ancien monde est mort, (=deuil) le nouveau monde est là: rien n'a plus de sens, tout est à l'envers: le sourire =  une grimace; le blanc = le noir etc..
Etre le Fou de ce nouveau monde, miroir déformant (ne pas avoir peur de tout d'un coup grimacer: faire le con)

Après la visite du spectre: le monde = désordre, le cerveau aussi (globe détraqué). Je vais le mimer ce désordre, puisque ca m'a mis le foutoir dans la tête.

Pas le couteau, mais les mots qui font office de couteau. Envie de frapper en permanence mais se retient

La folie comme protection

La folie est là la fois le masque et le révélateur des vérités cachées de la pièce. 

En fait, je trouve que la découverte:
"Il n'y a pas d'autre monde en dehors de celui-là, donc je dois m'y "adapter" de quelque manière que ce soit = ce monde est devenu mon monde.." peut être un bon guide de lecture de l'ensemble de la pièce pour Hamlet.
La seule porte de sortie étant évidemment le suicide...


Le suicide est constant chez Hamlet car il ne peut croire en personne.

FOLIE OPHÉLIE
- Important travail corporel: quasi danse - liberté totale du corps traversé par plusieurs sentiments
- La folie d'Ophélie ressemble  à un enterrement
les fleurs: à partir de là la série des morts est annoncée. Il ne fallait pas sacrifier les enfants (Ophélie, Hamlet). Ils vont mourir et les parents aussi.
- Cassandre


HAMLET/GERTRUDE/SPECTRE 
- penser aux "Damnés" (film de Visconti)
- rétablir dans le bon sens: le désir incestueux vient plus de la mère, qui ne sait pas ce qu'elle fait, en le convoquant en tenue "légère" : pour elle,  c'est encore un enfant
- scène à deux puis au moment de l'inceste, apparition du père: 
trio: voir comment les 3 corps se trouvent s'évitent... corps à corps


FINIR PAR LE CRI D'HORATIO ET HEINER MULLER

Le rôle de Horatio est primordial, la colonne vertébrale de la pièce, c'est lui qui est le témoin de ce carnage: ce que le pouvoir et la famille peuvent faire avec ses enfants et ses idéaux.
Finir par le cri d'Horatio, au milieu de tous ces cadavres.
Un cri ininterrompu de plusieurs minutes. "Non !"
Un "Non !" répété, hurlé, jusqu'à ce que le corps n'ait plus de voix.
Essayer de réveiller un à un les corps inertes. Les dévêtir de leurs costumes, de ce qui les a conduit au drame. Les déplacer. Déplacer les décors. Mettre le plateau sens dessus dessous. Ouvrir grand les rideaux qui masquent les coulisses. Défaire la scène par tous les moyens.  Et à chaque fois, ce cri, hurlé: "Non !"
Puis, enfin, les pieds dans ce chaos, ruisselant, impuissant: "Je ne veux plus jouer".
Heiner Müller.